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Pacific Link met à l'épreuve la capacité du Canada à construire de nouveau
Le Canada a désigné Pacific Link, un nouveau projet d'oléoduc entre l'Alberta et la Colombie-Britannique, comme son premier projet d'intérêt national en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada. Le réseau proposé, d'une longueur d'environ 1 250 kilomètres, transporterait environ un million de barils supplémentaires par jour de l'Alberta vers un terminal en eau profonde près de Delta, ouvrant un accès considérablement accru aux marchés asiatiques. Le Canada et l'Alberta partageront la propriété du projet, les communautés autochtones se verront offrir une participation d'au moins 10 %, Pembina Pipeline participe comme investisseur du secteur privé et Trans Mountain Corporation dirige le développement. L'histoire immédiate concerne l'énergie. Le signal plus important consiste à déterminer si le Canada peut réellement réaliser des infrastructures stratégiques au rythme qu'exigent ses nouvelles politiques économiques et de sécurité.
Ce qui s’est passé
Pacific Link est le premier projet à entrer dans le nouveau processus applicable aux projets d'intérêt national. Sa désignation crée un examen fédéral unique dirigé par le Bureau des grands projets avec l'appui de la Régie de l'énergie du Canada. Le gouvernement prévoit finaliser d'ici le 1er septembre 2027 un document contraignant établissant les conditions relatives notamment aux droits des Autochtones, à la protection de l'environnement, à la sûreté, à la sécurité et aux autres exigences fédérales. Ottawa affirme que cela pourrait permettre le début de la construction une fois ces conditions établies. La structure de propriété est également importante. Le Canada et l'Alberta partageront la propriété à parts égales, tandis que les communautés autochtones se verront offrir une participation minimale de 10 %, appuyée par des programmes fédéraux et provinciaux de garanties de prêts. Pembina participe comme investisseur privé, tandis que Trans Mountain apporte l'expérience récente acquise lors de l'achèvement de l'expansion du réseau Trans Mountain.
Pourquoi c’est important pour le Canada
Pacific Link devient un test de quelque chose de beaucoup plus vaste que la politique énergétique canadienne. La stratégie économique émergente du Canada dépend de la construction d'importantes infrastructures physiques, notamment des corridors énergétiques, des mines, des ports, des réseaux de transport d'électricité, des centres de données, des infrastructures d'IA, des capacités de fabrication de défense et des systèmes de transport. Annoncer des priorités stratégiques est relativement facile. Les financer, les autoriser et les construire est beaucoup plus difficile. La Loi visant à bâtir le Canada a été conçue pour modifier cette équation. Pacific Link constituera maintenant une démonstration importante de la capacité d'une désignation d'intérêt national à offrir davantage de certitude aux investisseurs tout en maintenant un examen réglementaire, environnemental et autochtone significatif. La désignation d'intérêt national ne signifie toutefois pas que l'oléoduc sera nécessairement construit. Le tracé final doit encore être établi, les travaux d'ingénierie et environnementaux se poursuivent, les engagements des producteurs doivent être obtenus, le financement reste à finaliser et les consultations avec les peuples autochtones se poursuivront.
Ce que CCN observe
Le signal n'est pas simplement que le Canada souhaite construire un autre oléoduc. Il est que le Canada teste une nouvelle façon de construire des infrastructures stratégiques. Les ambitions canadiennes en matière d'énergie, de défense, de minéraux critiques, d'IA, de commerce et de sécurité économique dépendent toutes d'infrastructures physiques. Pacific Link constitue donc un premier test du modèle économique émergent du Canada : identifier les infrastructures stratégiquement importantes, aligner les gouvernements et les capitaux privés, associer les communautés autochtones à la propriété, établir les conditions plus tôt et progresser plus rapidement vers la construction. Si ce modèle fonctionne, son importance dépassera largement le secteur énergétique. L'autonomie stratégique du Canada dépend ultimement non seulement de ce que le pays décide qu'il lui faut, mais aussi de sa capacité à le construire.
Ce que les dirigeants devraient envisager
Les possibilités dépassent largement le secteur pétrolier. Les projets de cette ampleur nécessitent de l'ingénierie, de la cybersécurité, de la sécurité physique, des communications, de la surveillance environnementale, des capteurs, de l'automatisation, des technologies de construction, du développement de la main-d'œuvre, des partenariats autochtones et d'importantes chaînes d'approvisionnement. La cybersécurité devrait être prise en compte dès les premières étapes. Une nouvelle infrastructure énergétique d'importance nationale construite dans les années 2030 sera fortement numérisée, connectée et automatisée. La sécurité des technologies opérationnelles, la résilience des communications et les risques cyberphysiques devront donc être intégrés dès sa conception.
À surveiller
Il faudra surveiller le tracé final, les partenariats autochtones, les engagements des expéditeurs, la structure de financement et les conditions établies dans le cadre du processus fédéral. L'échéance de septembre 2027 pour l'établissement des conditions contraignantes mérite également une attention particulière, puisqu'elle pourrait devenir un indicateur important de la nouvelle approche canadienne en matière de grands projets.