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La souveraineté économique du Canada exige une véritable stratégie pour son acier
Le nouveau programme industriel fédéral-ontarien de 8,7 milliards de dollars pourrait renforcer la production d'acier, la fabrication automobile et l'accès aux minéraux critiques. Mais la question fondamentale demeure : que compte faire le Canada de cette capacité industrielle? Préserver la production d'acier est important. Créer une demande durable pour l'acier canadien dans la défense, l'énergie, les transports, les infrastructures et la fabrication de pointe pourrait donner à cet investissement une véritable portée stratégique. Le défi consiste à relier le soutien industriel d'aujourd'hui aux secteurs que le Canada souhaite développer au cours des vingt prochaines années.
Ce qui s’est passé
Le 21 octobre, le premier ministre Mark Carney et le premier ministre de l'Ontario Doug Ford ont annoncé un programme industriel conjoint de 8,7 milliards de dollars pour répondre aux pressions commerciales et renforcer le secteur manufacturier canadien. Les engagements comprennent 5,22 milliards de dollars pour l'acier, afin de soutenir la modernisation, la diversification des produits et l'accès à de nouveaux marchés; 2,5 milliards pour la fabrication automobile, notamment la modernisation et les capacités de production futures; ainsi qu'un milliard de dollars du gouvernement fédéral pour les infrastructures d'accès au Cercle de feu, en contrepartie de l'engagement existant de l'Ontario. Les gouvernements ont également présenté des mesures d'approvisionnement national visant à accroître la demande d'acier produit au Canada. L'annonce répond aux pressions industrielles immédiates tout en soulevant une question plus large concernant la stratégie manufacturière et économique à long terme du pays.
Pourquoi c’est important pour le Canada
L'acier est indispensable aux réseaux de transport d'électricité, à l'énergie nucléaire, aux équipements de défense, à la construction navale, aux chemins de fer, aux transports et aux grandes infrastructures. Ces secteurs pourraient générer une demande durable pour la production canadienne. Toutefois, chaque industrie exige des nuances d'acier, des caractéristiques techniques et des capacités de fabrication particulières. Les producteurs canadiens devront pouvoir fournir les matériaux nécessaires aux industries de demain, de façon fiable et concurrentielle. Le Cercle de feu représente une possibilité complémentaire. Les ressources minérales du Nord de l'Ontario pourraient alimenter la transformation, le raffinage et la fabrication de pointe au Canada plutôt que de simplement accroître les exportations de matières premières. Pour concrétiser cette possibilité, il faudra des infrastructures de transport, une énergie fiable, des installations de transformation commercialement viables, une participation autochtone significative et des clients. Le risque est que le Canada investisse massivement dans le maintien de capacités industrielles sans développer une demande suffisante ni des industries de transformation concurrentielles. La question stratégique n'est pas de savoir combien d'acier le Canada peut produire, mais ce qu'il compte construire avec cet acier.
Ce que CCN observe
CCN Intelligence considère l'annonce Carney–Ford comme une occasion de faire évoluer le débat sur la souveraineté économique canadienne au-delà des droits de douane, des subventions et de la préservation des industries existantes. Le défi le plus important consiste à déterminer comment le Canada peut utiliser ses capacités industrielles pour soutenir la prochaine génération de développement économique. L'acier, les minéraux critiques, l'électricité, la fabrication de défense, l'intelligence artificielle et les infrastructures de pointe ne devraient pas être considérés comme des domaines politiques indépendants. Ils sont de plus en plus interconnectés. Un nouveau réseau de transport d'électricité exige des matériaux, de l'ingénierie et des capacités manufacturières. Une industrie nationale de défense a besoin de métaux spécialisés, de chaînes d'approvisionnement sécurisées et de systèmes de production avancés. Un secteur concurrentiel des minéraux critiques nécessite des infrastructures, de l'énergie, des technologies de transformation et des clients. La force d'une économie industrielle repose sur ces liens. Le Canada possède des avantages considérables : des ressources naturelles, une base manufacturière établie, une expertise en ingénierie, des institutions financières, des capacités de recherche et un accès aux marchés internationaux. Ce qui demeure incertain, c'est notre capacité à organiser ces avantages dans une stratégie suffisamment coordonnée. Le financement public peut être nécessaire pour répondre aux perturbations commerciales et soutenir la modernisation industrielle. Mais il ne peut, à lui seul, créer un marché, assurer la compétitivité technique ou garantir la viabilité des entreprises. La prochaine étape doit mettre l'accent sur la demande, la spécialisation, la productivité, l'innovation et le développement de chaînes d'approvisionnement canadiennes capables de servir les marchés nationaux et internationaux. Le Cercle de feu illustre l'importance de cette approche. Sa valeur à long terme ne devrait pas être mesurée uniquement par la production minérale ou la construction de routes, mais aussi par les activités de transformation, la fabrication, les emplois, la participation économique autochtone et les capacités technologiques qui pourraient en découler. Le même principe s'applique à l'acier. Le Canada ne devrait pas investir des milliards simplement pour maintenir les industries dont il a hérité. Il devrait utiliser ces investissements pour développer les industries et les infrastructures qu'il entend construire. Voilà la différence entre un programme de soutien industriel et une véritable stratégie économique à long terme.
Ce que les dirigeants devraient envisager
Les fabricants canadiens, les promoteurs d'infrastructures, les entreprises énergétiques et les fournisseurs du secteur de la défense devraient examiner comment les chaînes d'approvisionnement nationales en acier et en minéraux pourraient répondre à leurs besoins futurs. Cela suppose de préciser les exigences techniques, les lacunes de production, les possibilités d'approvisionnement et les partenariats potentiels. Pour les entreprises technologiques, la modernisation industrielle ouvre des possibilités en robotique, en intelligence artificielle, en automatisation, en matériaux avancés, en cybersécurité des technologies opérationnelles et en maintenance prédictive. Les investisseurs devraient distinguer les projets principalement soutenus par le financement public de ceux qui reposent sur une demande commerciale crédible à long terme. Les gouvernements devraient relier le soutien industriel aux projets d'infrastructure, aux achats de défense, au développement énergétique et aux stratégies manufacturières. L'approvisionnement national peut contribuer à créer la demande, mais les producteurs doivent également demeurer concurrentiels en matière de qualité, de coûts, de fiabilité et de délais.
À surveiller
Le premier test concernera l'attribution des fonds destinés à l'acier et la capacité des projets soutenus à développer de nouveaux produits, à moderniser la production et à obtenir des clients. Il faudra surveiller si les politiques d'achat canadien se traduisent par des commandes mesurables provenant des secteurs de la défense, de l'énergie, des transports et des infrastructures. Les progrès du Cercle de feu dépendront des corridors de transport, des ententes avec les peuples autochtones, des évaluations environnementales, de l'accès à l'électricité et de projets crédibles de transformation en aval. Il faudra également observer si les producteurs d'acier, les sociétés minières, les entreprises technologiques et les grands promoteurs d'infrastructures établissent des partenariats reliant les ressources à la fabrication et à la demande commerciale. En définitive, la véritable mesure du succès ne sera pas le montant des fonds publics engagés, mais la capacité productive, la compétitivité et les capacités stratégiques créées.
Personnes à suivre
Mark Carney — Premier ministre du Canada; politique industrielle fédérale, investissements et priorités d'approvisionnement. Doug Ford — Premier ministre de l'Ontario; stratégie manufacturière et développement du Cercle de feu. Mélanie Joly — Ministre de l'Industrie; modernisation industrielle et investissements stratégiques. Tim Hodgson — Ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles; minéraux critiques et chaînes de valeur des ressources. Dirigeants des Premières Nations du Cercle de feu — Gouvernements autochtones dont les décisions et la participation sont essentielles au développement des infrastructures et des ressources.
Organisations à suivre
Algoma Steel, Stelco et ArcelorMittal Dofasco — Producteurs d'acier dont la modernisation et les stratégies commerciales seront déterminantes. Innovation, Sciences et Développement économique Canada — Investissements industriels fédéraux et mise en œuvre. Ressources naturelles Canada — Minéraux critiques, énergie et développement des ressources. Première Nation de Marten Falls et Première Nation de Webequie — Participantes clés aux projets de routes d'accès au Cercle de feu. Fabricants canadiens des secteurs de la défense, de l'énergie et des infrastructures — Sources potentielles de demande nationale durable.