Le signal du jour — 26 septembre 2026

Signal 01

Le défi canadien de l’IA passe des talents à la mise en œuvre

Ottawa investit jusqu’à 162 millions de dollars dans 10 000 placements professionnels liés à l’IA par l’entremise de Mitacs. Cet investissement répond à un véritable défi canadien, mais l’adoption réussie de l’IA exige davantage que des compétences techniques. Elle dépend de plus en plus de personnes capables de combiner des connaissances en IA avec une expérience des affaires, une expertise sectorielle, des compétences en intégration technologique et la capacité de gérer le changement organisationnel.

Ce qui s’est passé

Le gouvernement fédéral a annoncé un investissement pouvant atteindre 162 millions de dollars sur cinq ans dans le programme L’avantage IA de Mitacs afin de soutenir 10 000 placements professionnels pour des étudiants de niveau postsecondaire, de récents diplômés et des chercheurs au postdoctorat. Le volet ADOPT permettra de mettre en relation des entreprises avec des chercheurs universitaires et de nouveaux talents afin de tester et de déployer des solutions d’IA, tandis que le volet AI+X soutiendra des collaborations visant à appliquer l’IA à des problèmes d’affaires et à développer de nouvelles technologies. Ottawa affirme que de nombreuses petites et moyennes entreprises reconnaissent le potentiel de l’IA, mais ne disposent pas des compétences, de la capacité et du soutien nécessaires pour la mettre en pratique. Mitacs possède une expérience importante dans ce domaine. L’organisation indique que 74 % des 1 684 partenaires industriels ayant participé à ses projets d’IA entre 2019 et 2025 comptaient moins de 100 employés. Mitacs a également souligné l’importance de combiner les compétences appliquées en IA avec des compétences en affaires et en commercialisation. L’investissement cible donc un problème important, mais son impact dépendra de la capacité des placements à créer des compétences durables au sein des entreprises et une adoption mesurable.

Pourquoi c’est important pour le Canada

L’adoption de l’IA au Canada progresse rapidement, mais demeure inégale. Statistique Canada indique que 19,2 % des entreprises canadiennes ont utilisé l’IA pour produire des biens ou fournir des services en 2026, comparativement à 6,1 % en 2024. Le taux d’utilisation atteignait 27,8 % chez les entreprises comptant au moins 100 employés, contre 19,9 % chez celles qui en comptaient de un à quatre. Certains secteurs importants de l’économie affichent des taux beaucoup plus faibles, notamment la construction à 9,2 %, le commerce de gros à 7,9 % et l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse à 4,5 %. Le défi consiste donc de moins en moins à sensibiliser les entreprises à l’IA et de plus en plus à réussir sa mise en œuvre. L’intégration de l’IA dans une entreprise peut nécessiter une compréhension des opérations, de la gestion de projet, des données, de l’architecture, de la cybersécurité, de la protection de la vie privée, des finances, des ventes, du marketing, des communications, de la formation de la main d’œuvre et du changement organisationnel. Les connaissances techniques sont importantes, mais quelqu’un doit également identifier le bon problème d’affaires, déterminer si l’IA peut le résoudre de manière rentable, intégrer la technologie aux opérations existantes et s’assurer que les employés l’utilisent réellement. Ce défi peut être particulièrement important pour les petites entreprises qui ne disposent pas des équipes multidisciplinaires présentes dans les grandes organisations.

Ce que CCN observe

Le Canada a beaucoup investi dans la recherche en IA, les talents et, de plus en plus, les infrastructures informatiques. Le prochain défi consiste à transformer ces forces en gains de productivité dans l’ensemble de l’économie. Le nouvel investissement dans Mitacs pourrait y contribuer, et la participation actuelle de petites entreprises à ses programmes constitue une base importante. Toutefois, le défi canadien de l’adoption de l’IA pourrait également révéler un déficit plus profond en matière de compétences de mise en œuvre. Connaître l’IA et savoir comment l’intégrer efficacement dans une entreprise ne constituent pas la même capacité. L’IA est une technologie habilitante dont la valeur dépend de la compréhension de l’organisation, de ses clients, de ses processus, de ses employés, de son environnement technologique et du problème à résoudre. Le Canada a donc besoin de plus que des talents en IA. Il a besoin de personnes capables de relier l’IA aux affaires et à l’expertise sectorielle. Dix mille placements démontreraient une activité. Des milliers d’entreprises canadiennes capables de mettre efficacement l’IA en œuvre démontreraient une véritable adoption.

Ce que les dirigeants devraient envisager

Les dirigeants devraient de plus en plus considérer les capacités en IA comme multidisciplinaires plutôt que strictement techniques. Une personne qui comprend l’IA ne sait pas nécessairement quel processus d’affaires devrait être transformé, quel rendement économique peut être attendu, comment la technologie devrait s’intégrer aux systèmes existants ou comment les employés et les clients réagiront au changement. Les connaissances techniques en IA peuvent devenir beaucoup plus utiles lorsqu’elles sont combinées à des compétences en cybersécurité, en gestion de projet, en fabrication, en finance, en architecture, en ventes, en marketing, en communications ou en opérations. Cette réalité a également des conséquences pour les jeunes Canadiens qui entrent sur le marché du travail. Les connaissances en IA peuvent permettre de comprendre la technologie, mais l’expérience pratique des affaires et d’un secteur peut déterminer si une personne sait où et comment l’utiliser. Pour les petites organisations en particulier, une adoption réussie pourrait nécessiter l’accès à des capacités expérimentées en mise en œuvre et en conseil, en complément des nouveaux talents en IA.

À surveiller

Le succès de l’investissement dans Mitacs devrait ultimement être évalué selon des critères qui dépassent la création de 10 000 placements professionnels. Il faudra surveiller combien de placements rejoignent les microentreprises et les petites entreprises, les organisations situées à l’extérieur de l’écosystème technologique canadien établi et les secteurs où l’adoption actuelle de l’IA demeure faible. Il faudra également déterminer si les entreprises participantes passent de l’expérimentation à la mise en œuvre, si les jeunes participants acquièrent une véritable expérience des affaires et des compétences multidisciplinaires et si les entreprises continuent d’utiliser les technologies après la fin du placement soutenu. Des mesures comme l’amélioration de la productivité, l’adoption par les employés, la réussite de l’intégration et la capacité d’une entreprise à identifier et à mettre en œuvre sa prochaine utilisation de l’IA fourniraient des preuves d’adoption plus solides que le seul nombre de placements.

Source : https://www.canada.ca/en/innovation-science-economic-development/news/2026/09/government-of-canada-invests-in-10000-ai-related-work-placements-for-young-canadians.html

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