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Le Canada investit dans l'IA. Qui transformera ces investissements en résultats?

Le Canada accélère ses investissements en intelligence artificielle, mais le financement ne suffira pas à garantir leur succès. De nouveaux fonds fédéraux destinés à l'adoption de l'IA, une étude révélant des lacunes dans la préparation du secteur public et les efforts de Manulife pour déployer l'IA à grande échelle illustrent un défi commun : transformer les investissements technologiques en capacités opérationnelles concrètes. La prochaine mesure de la compétitivité canadienne en IA sera la capacité des organisations à déployer cette technologie de manière sécuritaire, à développer les compétences nécessaires et à démontrer des résultats mesurables.

Ce qui s’est passé

Le 13 octobre, le gouvernement fédéral a annoncé l'ajout de 500 millions de dollars sur cinq ans à l'Initiative régionale en matière d'intelligence artificielle, portant le financement total du programme à 700 millions de dollars. Cette initiative soutient les entreprises canadiennes qui adoptent l'IA ainsi que les entreprises technologiques qui commercialisent leurs solutions. Cette annonce témoigne d'une volonté croissante de faire passer l'innovation canadienne en IA à une utilisation concrète dans les activités des entreprises. Parallèlement, une nouvelle étude de KPMG Canada menée auprès de 519 fonctionnaires canadiens met en évidence des défis de préparation organisationnelle. Selon le sondage, 84 % des répondants estiment que les connaissances en IA des employés du secteur public sont faibles, tandis que 86 % considèrent qu'il faut investir davantage dans la formation en IA. Ces résultats reflètent les perceptions des répondants et non une évaluation indépendante des compétences de la main-d'œuvre. Dans le secteur privé, Manulife a annoncé une nouvelle plateforme d'IA d'entreprise visant à uniformiser le développement, la gouvernance et le déploiement de l'IA dans l'ensemble de ses activités. L'entreprise affirme avoir généré une valeur cumulative de 300 millions de dollars grâce à l'IA jusqu'à la fin de 2025 et vise un milliard de dollars d'ici 2027. Il s'agit de résultats et d'objectifs déclarés par l'entreprise. Ces développements sont distincts, mais ils illustrent ensemble la transition du Canada, qui passe des investissements et de l'expérimentation en IA à son déploiement au sein des organisations.

Pourquoi c’est important pour le Canada

Le Canada a développé des capacités de recherche en IA reconnues à l'échelle internationale et consacre des ressources importantes à la commercialisation et à l'adoption de cette technologie. Les possibilités sont considérables, mais les retombées économiques dépendront de la capacité des organisations canadiennes à intégrer efficacement l'IA dans leurs activités quotidiennes. Pour les entreprises, adopter l'IA exige davantage que l'achat d'un logiciel ou le lancement d'un projet pilote. Les organisations doivent définir des objectifs commerciaux clairs, disposer de données fiables, sécuriser leurs systèmes, former leurs employés et établir des mécanismes de gestion qui précisent les responsabilités. Ces exigences deviennent particulièrement importantes lorsque les systèmes d'IA peuvent accomplir des tâches, accéder à des renseignements sensibles et agir au nom des employés. Sans mesures de protection appropriées, les organisations risquent d'introduire de nouvelles vulnérabilités de cybersécurité, des défaillances opérationnelles et des incertitudes quant à la responsabilité des décisions. Le Canada fait également face à un défi de commercialisation. Les investissements publics devraient aider les entreprises technologiques canadiennes à trouver des clients, à bâtir des activités durables et à être concurrentielles à l'international. Le nombre de projets financés constitue un indicateur utile, mais il ne démontre pas à lui seul que ces projets produisent une valeur économique durable. La distinction entre l'investissement en IA, son adoption et les résultats commerciaux mesurables devient de plus en plus importante.

Ce que CCN observe

Le défi du Canada en matière d'IA évolue. Depuis plusieurs années, le pays développe l'excellence en recherche, attire des investissements et soutient l'innovation. La prochaine étape exige un lien plus solide entre le développement technologique, l'adoption par les entreprises, la cybersécurité et les capacités organisationnelles. Les nouveaux fonds fédéraux, les recherches sur la préparation du secteur public et les efforts de déploiement de Manulife convergent vers une même conclusion : l'avantage concurrentiel du Canada dépendra de plus en plus de sa capacité à obtenir des résultats concrets. La sécurité et la confiance numérique doivent être intégrées dès le départ. Les organisations devraient établir qui est responsable d'un système d'IA, à quelles informations il peut accéder, quelles actions il peut effectuer, comment sa performance est mesurée et comment il peut être arrêté ou corrigé en cas de problème. Les projets pilotes réussis démontrent un potentiel. Un déploiement digne de confiance démontre qu'une technologie peut fonctionner de manière fiable, sécuritaire et productive dans des conditions opérationnelles réelles. Le prochain avantage du Canada en IA ne se mesurera pas à l'ampleur des investissements consentis, mais à la confiance et à l'efficacité avec lesquelles les organisations pourront mettre cette technologie au service de leurs activités.

Ce que les dirigeants devraient envisager

Les dirigeants devraient commencer par identifier les problèmes opérationnels que l'IA doit résoudre et établir des résultats mesurables avant de s'engager dans son déploiement. Les plans d'adoption de l'IA devraient intégrer dès le départ la cybersécurité, la protection des renseignements personnels, la gestion des identités, la supervision humaine et la résilience opérationnelle, plutôt que d'ajouter ces exigences après la réussite d'un projet pilote. Les organisations devraient également évaluer la préparation de leur personnel. Les employés et les dirigeants doivent posséder les compétences nécessaires pour évaluer les résultats produits par l'IA, reconnaître ses limites, superviser les actions automatisées et demeurer responsables des décisions commerciales. Les fournisseurs technologiques devraient être en mesure de démontrer davantage que les fonctionnalités de leurs produits. Les acheteurs ont de plus en plus besoin de preuves de sécurité, de fiabilité, de capacité d'intégration et de valeur commerciale mesurable. Pour les décideurs publics, la priorité devrait être de relier les programmes d'investissement à des résultats tels qu'une adoption durable, des gains de productivité, la croissance des fournisseurs canadiens et le développement d'une main-d'œuvre qualifiée.

À surveiller

Surveiller la répartition des nouveaux fonds fédéraux consacrés à l'IA, les entreprises canadiennes qui recevront du soutien et la publication éventuelle de résultats commerciaux mesurables. Observer comment les institutions publiques répondent aux défis liés aux compétences en IA et à sa gouvernance, particulièrement en matière d'approvisionnement, de formation de la main-d'œuvre et de supervision des systèmes de plus en plus autonomes. Suivre Manulife et les autres grandes entreprises canadiennes qui passent de projets d'IA individuels à un déploiement à l'échelle de l'organisation. Leurs expériences pourraient fournir des indications utiles sur les conditions nécessaires à une adoption réussie. Surveiller l'évolution des exigences en matière d'assurance de l'IA, de tests de sécurité et de responsabilité, alors que les organisations canadiennes commencent à autoriser des systèmes d'IA à effectuer des actions plutôt qu'à simplement formuler des recommandations.

Personnes à suivre

Evan Solomon, ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique, pour les priorités fédérales en matière d'adoption et de commercialisation de l'IA. Jodie Wallis, responsable mondiale de l'intelligence artificielle chez Manulife, pour le déploiement de l'IA à l'échelle de l'entreprise et les résultats commerciaux mesurables. Phil Witherington, président et chef de la direction de Manulife, pour l'intégration de l'IA dans la stratégie et la performance de l'entreprise. Michael Klubal et Ven Adamov, de KPMG Canada, pour leurs perspectives sur la préparation du secteur public, la gouvernance et les risques organisationnels. Organisations à suivre : Innovation, Sciences et Développement économique Canada, les agences de développement régional du Canada, Manulife, KPMG Canada, l'Institut canadien de la sécurité de l'intelligence artificielle et les entreprises canadiennes d'IA qui cherchent à passer des projets pilotes au déploiement commercial.

Source : https://www.canada.ca/en.html

Intelligence artificielle

Lire l’édition complète · 14 octobre 2026

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