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Le Canada développe un pôle d'intelligence artificielle de 52 milliards de dollars. Mais qui en contrôlera la valeur?

Le partenariat en expansion entre la Saskatchewan et Bell Canada pourrait donner naissance à l'un des plus importants pôles d'infrastructure d'intelligence artificielle au pays. Initialement annoncé avec une capacité de 300 mégawatts, le projet situé près de Regina pourrait éventuellement atteindre 1,2 gigawatt et représenter des investissements estimés à 52 milliards de dollars. Toutefois, un différend entourant le refus de la province de rendre public son protocole d'entente avec Bell soulève des questions qui dépassent largement la politique provinciale. Qui contrôlera la puissance de calcul? Quelle part de la valeur économique restera au Canada? Quelles responsabilités les gouvernements et les exploitants privés assumeront-ils en matière d'électricité, de sécurité et de reddition de comptes? Ce projet illustre à la fois l'ampleur des possibilités canadiennes en intelligence artificielle et la nécessité de distinguer les grandes annonces d'investissement des capacités nationales réellement développées.

Ce qui s’est passé

Les ambitions de la Saskatchewan en matière d'infrastructure d'intelligence artificielle dépassent maintenant largement le projet initial annoncé par Bell en mars 2026. Celui-ci prévoyait un centre de données de 300 mégawatts dans la municipalité rurale de Sherwood, près de Regina, avec Cerebras et CoreWeave comme principaux locataires de puissance de calcul. L'investissement initial de Bell dans les installations physiques était estimé à environ 1,7 milliard de dollars, tandis que les équipements informatiques spécialisés devaient être financés séparément par ses partenaires technologiques. En septembre, la Saskatchewan et Bell ont annoncé une expansion potentielle pouvant ajouter jusqu'à 900 mégawatts, pour une capacité totale éventuelle de 1,2 gigawatt. La province a présenté des investissements en capital estimés à 52 milliards de dollars pour l'ensemble du développement élargi. Il s'agit d'une estimation prospective, et non d'une confirmation que cette somme a déjà été investie, financée ou engagée contractuellement. Le nouveau développement concerne la transparence. Des représentants de l'opposition en Saskatchewan ont demandé la divulgation du protocole d'entente entre le gouvernement provincial et Bell, soulevant des questions sur les arrangements énergétiques, les engagements publics et les retombées économiques anticipées. Une tentative de faire progresser le dossier à l'Assemblée législative a échoué cette semaine. La province invoque la confidentialité commerciale pour justifier sa décision de ne pas rendre l'entente publique. Cette controverse ne démontre pas que le projet est économiquement injustifié ni que des fonds publics ont été engagés de manière inappropriée. Elle montre toutefois que les grands investissements en infrastructure d'IA deviennent désormais des enjeux de gouvernance publique, de politique énergétique et de stratégie économique nationale. EN MEANS: The Saskatchewan project illustrates a fundamental shift in the AI economy. Computing capacity is becoming strategic infrastructure, dependent on electricity generation, telecommunications, specialized hardware, physical security and substantial long term capital. Governments are increasingly competing to attract these investments because they can generate construction activity, employment, new energy infrastructure and opportunities for domestic suppliers. Yet the scale of an investment announcement does not automatically establish its economic value to the host country. A facility can be physically located in Canada while significant portions of its computing hardware, software environment, customer relationships and commercial revenues remain controlled by international companies. Bell's participation provides an important Canadian ownership and infrastructure component, while its partnerships with American companies Cerebras and CoreWeave bring advanced capabilities and international market access. These arrangements are not inherently inconsistent with Canadian AI sovereignty. International partnerships can accelerate technology deployment and help Canada compete globally. But sovereignty must be assessed through the actual distribution of operational authority, access rights, data protections, security responsibilities and commercial benefits. The electricity requirements add another dimension. The original 300 megawatts are associated with provincial grid supply, while the proposed expansion would use a model under which Bell arranges additional generation capacity. Governments must consider whether the arrangements adequately protect existing electricity customers, support environmental objectives and provide resilient infrastructure. The distinction between an announced development pathway and binding investment commitments is equally important. Public confidence requires a clear understanding of what has been proposed, what has been contractually secured and what economic benefits can ultimately be measured. FR MEANS: Le projet de la Saskatchewan illustre une transformation fondamentale de l'économie de l'intelligence artificielle. La puissance de calcul devient une infrastructure stratégique qui dépend de la production d'électricité, des télécommunications, du matériel informatique spécialisé, de la sécurité physique et d'importants capitaux à long terme. Les gouvernements cherchent de plus en plus à attirer ces investissements en raison des activités de construction, des emplois, des nouvelles infrastructures énergétiques et des occasions qu'ils peuvent créer pour les fournisseurs nationaux. Toutefois, l'ampleur d'une annonce d'investissement ne garantit pas automatiquement sa valeur économique pour le pays d'accueil. Une installation peut être physiquement située au Canada alors qu'une part importante de son matériel informatique, de son environnement logiciel, de ses relations commerciales et de ses revenus demeure sous le contrôle d'entreprises internationales. La participation de Bell apporte une composante canadienne importante en matière de propriété et d'infrastructure, tandis que ses partenariats avec les entreprises américaines Cerebras et CoreWeave donnent accès à des technologies avancées et aux marchés internationaux. Ces arrangements ne sont pas nécessairement incompatibles avec la souveraineté canadienne en IA. Les partenariats internationaux peuvent accélérer le déploiement technologique et renforcer la compétitivité du Canada. Toutefois, la souveraineté doit être évaluée en fonction de la répartition réelle des pouvoirs opérationnels, des droits d'accès, de la protection des données, des responsabilités de sécurité et des avantages commerciaux. Les besoins en électricité ajoutent une autre dimension. Les 300 mégawatts initiaux sont associés à l'approvisionnement du réseau provincial, tandis que l'expansion proposée reposerait sur un modèle dans lequel Bell organiserait une capacité de production supplémentaire. Les gouvernements doivent déterminer si ces arrangements protègent adéquatement les consommateurs d'électricité existants, soutiennent les objectifs environnementaux et permettent de développer des infrastructures résilientes. La distinction entre une trajectoire de développement annoncée et des engagements d'investissement juridiquement contraignants est tout aussi importante. La confiance du public exige une compréhension claire de ce qui est proposé, de ce qui est contractuellement confirmé et des retombées économiques qui pourront réellement être mesurées.

Pourquoi c’est important pour le Canada

Pour le Canada, le développement en Saskatchewan soulève une question plus vaste concernant la place du pays dans l'économie mondiale de l'intelligence artificielle. Le Canada possède une expertise en recherche sur l'IA reconnue internationalement, d'importantes ressources énergétiques et un secteur technologique en croissance. Toutefois, transformer ces avantages en entreprises canadiennes concurrentielles, en propriété intellectuelle de valeur et en croissance commerciale durable demeure un défi national. Les grandes installations de calcul pourraient contribuer à relever ce défi en augmentant l'accès aux infrastructures nécessaires pour entraîner, déployer et exploiter des systèmes d'IA avancés. Leur valeur nationale dépendra notamment de la capacité des jeunes entreprises canadiennes, des entreprises établies, des universités et des institutions publiques à accéder réellement à cette puissance de calcul à des conditions commercialement viables. Le projet soulève également des questions sur la définition gouvernementale d'une infrastructure d'IA souveraine. La résidence des données au Canada et la propriété canadienne des installations physiques peuvent offrir des avantages importants, particulièrement pour les secteurs réglementés et les activités gouvernementales sensibles. Toutefois, elles ne garantissent pas à elles seules le contrôle canadien des ressources informatiques, de l'administration des systèmes, des clés de chiffrement, des chaînes d'approvisionnement technologiques ou des obligations juridiques des fournisseurs internationaux. Ces distinctions sont importantes pour la sécurité nationale, la sécurité économique et la confiance numérique. Elles le sont également pour les entreprises canadiennes qui doivent déterminer où héberger leurs renseignements sensibles et quel niveau de dépendance envers des fournisseurs technologiques étrangers elles sont prêtes à accepter. Les possibilités nationales dépassent largement la Saskatchewan. Les provinces disposant d'électricité, de terrains industriels, d'infrastructures de télécommunications et de main d'œuvre qualifiée sont de mieux en mieux placées pour attirer des investissements en infrastructure d'IA. Sans approche cohérente en matière de sécurité, d'énergie, d'approvisionnement, de commercialisation et de reddition de comptes, le Canada risque de mesurer principalement sa réussite à partir des investissements annoncés plutôt que des capacités et de la valeur économique qu'il conserve. Le Canada devrait accueillir favorablement les investissements majeurs en infrastructure tout en exigeant que leurs avantages nationaux soient démontrés par les capitaux réellement investis, la participation des fournisseurs canadiens, l'accès à la puissance de calcul, l'innovation nationale, le développement des compétences et la résilience opérationnelle.

Ce que CCN observe

Le CCN considère que le développement de l'infrastructure d'IA en Saskatchewan pourrait contribuer de manière importante à l'avenir technologique et économique du Canada. L'ampleur du projet proposé démontre que les entreprises et les provinces canadiennes peuvent participer aux grands investissements mondiaux dans les infrastructures d'intelligence artificielle. Le rôle de Bell, aux côtés de partenaires technologiques internationaux, pourrait créer des occasions pour les fournisseurs, les chercheurs, les institutions et les entreprises du Canada. Toutefois, l'objectif du Canada ne devrait pas simplement être de construire des infrastructures d'IA sur son territoire. Il devrait être de veiller à ce que ces infrastructures développent des capacités canadiennes, renforcent les entreprises du pays et produisent une valeur économique durable. La distinction entre la résidence des données et une véritable souveraineté est fondamentale. Les infrastructures physiques situées au Canada offrent des avantages, mais un contrôle stratégique réel exige de savoir qui exploite les systèmes, qui attribue la puissance de calcul, qui peut accéder aux renseignements sensibles, quelles juridictions s'appliquent et qui assume les responsabilités lorsque les activités sont perturbées. La cybersécurité doit donc faire partie de la réflexion dès le départ. Les grandes installations d'IA réunissent des réseaux de télécommunications, des systèmes électriques, des infrastructures de refroidissement, du matériel informatique spécialisé, des plateformes logicielles et plusieurs exploitants commerciaux. Les responsabilités en matière de sécurité, les mécanismes d'intervention en cas d'incident, les dépendances envers les fournisseurs et la résilience opérationnelle doivent être clairement établis et évalués de manière indépendante. L'appellation « souveraine » ne remplace pas une démonstration concrète de sécurité et de responsabilité. Le CCN estime également que la transparence et la confidentialité commerciale peuvent coexister. Les gouvernements devraient protéger les renseignements commerciaux légitimement confidentiels tout en expliquant les engagements publics, les impacts sur les infrastructures, la répartition des risques et les indicateurs permettant de déterminer si les avantages anticipés se concrétisent. Surtout, le Canada doit relier les investissements en infrastructure à la commercialisation. Un grand centre de données peut devenir un actif national précieux si les entreprises canadiennes peuvent utiliser sa puissance de calcul pour développer des produits, des services et de la propriété intellectuelle concurrentiels. Sa valeur stratégique sera plus limitée si le Canada fournit principalement les terrains, l'électricité et les installations physiques pendant que les activités les plus rentables se déroulent ailleurs. La réussite devrait être mesurée à partir des investissements réellement réalisés, des contrats attribués aux fournisseurs canadiens, de l'accès aux ressources informatiques, de la croissance des entreprises nationales, du développement des compétences, de la performance en cybersécurité et des retombées économiques durables. Le Canada a l'occasion de bâtir une économie de l'IA plus forte grâce à des infrastructures fiables et à des partenariats internationaux productifs. Mais la réussite ne se mesurera pas au nombre de milliards de dollars annoncés ni au nombre de mégawatts construits. Elle se mesurera à la valeur technologique, économique et stratégique durable que les Canadiens réussiront à conserver.

Ce que les dirigeants devraient envisager

Les dirigeants gouvernementaux devraient distinguer les investissements annoncés, les engagements financiers, les étapes de construction et la capacité réellement opérationnelle. La reddition de comptes devrait porter sur les arrangements énergétiques, les coûts d'infrastructure, les impacts environnementaux, la participation des fournisseurs canadiens et les retombées économiques effectivement réalisées au fil du temps. Les dirigeants d'entreprise et les responsables technologiques devraient déterminer si les grands projets d'infrastructure d'IA permettront aux entreprises canadiennes d'accéder à des ressources de calcul à des prix concurrentiels. Des possibilités pourraient émerger en cybersécurité, en télécommunications, en ingénierie, dans les systèmes énergétiques, les logiciels spécialisés, les services d'IA, la maintenance et l'exploitation des infrastructures. Ces possibilités doivent toutefois être évaluées en fonction des contrats et des arrangements commerciaux réels. Les responsables de la cybersécurité et des risques devraient examiner la différence entre la résidence des données et la souveraineté opérationnelle. Ils devraient notamment évaluer le contrôle des accès administratifs, le chiffrement, l'intervention en cas d'incident, les dépendances envers les fournisseurs, les capacités de rétablissement et les responsabilités contractuelles des exploitants d'infrastructure et des locataires de puissance de calcul. Les investisseurs devraient surveiller le passage des capacités proposées aux installations financées et opérationnelles, notamment la disponibilité de l'électricité, la demande des clients, les cycles de remplacement technologique et la rentabilité à long terme des infrastructures de calcul spécialisées. Pour l'ensemble des dirigeants, la question centrale demeure de savoir si l'expansion des infrastructures canadiennes d'IA se traduira par des capacités nationales plus solides et des entreprises canadiennes plus concurrentielles.

Personnes à surveiller

Mirko Bibic, président et chef de la direction de BCE et de Bell Canada, pour la stratégie d'infrastructure d'IA de l'entreprise et ses engagements en matière de souveraineté canadienne; Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan, pour les politiques économiques et énergétiques de la province; Jeremy Harrison, ministre du gouvernement de la Saskatchewan, pour les décisions provinciales relatives aux investissements et à la gouvernance; Andrew Feldman, chef de la direction de Cerebras, pour le développement de la puissance de calcul spécialisée en IA; ainsi que les responsables des politiques canadiennes concernant les infrastructures souveraines d'IA et la sécurité économique.

Organisations à surveiller

Bell Canada et Bell AI Fabric, pour les étapes de construction, l'attribution de la capacité de calcul et l'accès des clients canadiens; le gouvernement de la Saskatchewan, pour la divulgation des renseignements, les engagements économiques et les politiques d'infrastructure; SaskPower et SaskTel, pour les arrangements énergétiques et de télécommunications; Cerebras et CoreWeave, pour les technologies de calcul, les relations commerciales et les dépendances opérationnelles; la Première Nation George Gordon, pour les possibilités de participation annoncées; l'Université de Regina et Saskatchewan Polytechnic, pour la recherche et le développement des compétences; ainsi que les ministères fédéraux responsables des infrastructures d'IA, de la cybersécurité, des investissements et de la compétitivité nationale. Les développements à surveiller comprennent toute divulgation du protocole d'entente ou de ses principales dispositions publiques, les engagements contractuels liés à l'expansion, la confirmation des arrangements de production d'électricité, les occasions d'approvisionnement pour les entreprises canadiennes, l'accès à la puissance de calcul pour les entreprises nationales, les autorisations environnementales et les preuves d'investissements réellement réalisés.

Source : https://www.saskatchewan.ca/government/news-and-media/2026/september/14/single-largest-private-sector-capital-investment-in-history-of-canada-through-bell-ais-saskatchewan

Investissement · Sécurité économique · National Competitiveness

Lire l’édition complète · 5 novembre 2026

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