Signal 02 · · CCN Intelligence
Le Canada assemble un écosystème souverain d’intelligence artificielle
Les composantes deviennent visibles. L’adoption et la commercialisation détermineront si elles forment véritablement un système. Le Canada attire des capitaux, développe sa capacité informatique, soutient une intelligence artificielle plus sûre et établit des partenariats technologiques internationaux. Ensemble, ces développements laissent entrevoir les premières composantes d’un écosystème souverain d’intelligence artificielle. Le lien manquant demeure l’adoption généralisée au Canada. Les infrastructures et la recherche ne créeront une valeur économique durable que si les organisations canadiennes peuvent y accéder, leur faire confiance et les utiliser commercialement.
Ce qui s’est passé
Le Canada et l’Allemagne ont annoncé leur intention d’investir ensemble près de 300 millions de dollars dans LawZero, l’organisation montréalaise fondée par Yoshua Bengio. LawZero développe Scientist AI, une approche conçue pour produire des résultats transparents, fiables et fondés sur des données probantes, sans fonctionner comme un système autonome poursuivant ses propres objectifs. L’investissement devrait soutenir 360 emplois au Canada, des talents en recherche et en ingénierie ainsi qu’une infrastructure informatique souveraine spécialisée développée avec Hypertec et 5C. Cette annonce s’ajoute à plusieurs développements importants. Bell propose d’investir jusqu’à 52,5 milliards de dollars dans des infrastructures d’intelligence artificielle en Saskatchewan. Radical Ventures a annoncé une première clôture d’un milliard de dollars américains pour un nouveau fonds consacré à l’intelligence artificielle. Mila et Mozilla travaillent au développement d’une intelligence artificielle à code source ouvert destinée aux entreprises. Le Canada et l’Allemagne ont lancé une coopération portant sur l’intelligence artificielle, les infrastructures numériques et d’autres technologies critiques. Il ne s’agit pas d’annonces isolées. Ce sont les composantes d’une architecture nationale d’intelligence artificielle en émergence.
Pourquoi c’est important pour le Canada
Le Canada possède de plus en plus les principaux éléments nécessaires au développement d’une capacité nationale en intelligence artificielle : la recherche, les talents, les capitaux, les infrastructures informatiques, l’énergie, l’expertise en matière de sécurité et les partenariats internationaux. La couche reliant ces actifs aux entreprises et aux institutions canadiennes demeure toutefois moins développée. De nombreuses organisations font encore face à des obstacles liés aux coûts, aux compétences, aux données fiables, à la cybersécurité, à la gouvernance, à l’approvisionnement et à l’incertitude entourant les résultats mesurables. Le Canada fait donc face à un défi national de conversion. Il doit convertir la recherche en produits, la capacité informatique en services accessibles, les investissements en entreprises en croissance et les partenariats internationaux en possibilités utilisables par les organisations canadiennes.
Ce que CCN observe
La prochaine phase de la concurrence ne sera pas déterminée uniquement par les pays qui construisent les plus grands centres de données ou produisent les modèles les plus avancés. Elle sera également déterminée par les pays qui aident leurs entreprises à adopter l’intelligence artificielle de façon sécuritaire, productive et à grande échelle. L’avantage émergent du Canada pourrait résider dans la combinaison d’infrastructures souveraines, d’une recherche de calibre mondial, de systèmes plus sûrs et d’une gouvernance digne de confiance. Ces forces demeureront toutefois fragmentées si les organisations ne peuvent pas obtenir les talents, les données, les conseils et la capacité de mise en œuvre nécessaires pour les utiliser. Le Canada pourrait donc faire face à la fois à une pénurie de talents et à un problème d’accès aux talents. L’expertise existe, mais de nombreuses entreprises ne savent pas où la trouver, comment l’évaluer ou comment l’intégrer à leurs activités.
Ce que les dirigeants devraient envisager
Les dirigeants devraient d’abord déterminer quels problèmes opérationnels justifient réellement l’utilisation de l’intelligence artificielle avant de choisir des technologies ou des fournisseurs. Ils devraient examiner où leurs données sont conservées, qui contrôle les modèles qu’ils utilisent et quelles lois régissent les infrastructures qui les soutiennent. Les organisations devraient également déterminer si elles possèdent les talents internes nécessaires pour évaluer les résultats, gérer la sécurité, maintenir une supervision humaine et mesurer la valeur commerciale. La technologie souveraine ne devrait pas être considérée uniquement comme un objectif de politique gouvernementale. Elle peut influencer la résilience opérationnelle, la propriété intellectuelle, l’exposition réglementaire et la dépendance à long terme envers des fournisseurs étrangers.
À surveiller
Il faudra surveiller la sélection fédérale de nouvelles capacités de calcul intensif pour l’intelligence artificielle ainsi que les modalités d’accès offertes aux entreprises, aux chercheurs et aux sociétés canadiennes en croissance. Il faudra vérifier si le projet de Bell en Saskatchewan passe de l’investissement proposé à l’attribution de l’énergie, à la construction et à une capacité opérationnelle réelle. Il faudra également suivre les étapes de commercialisation de LawZero et de l’initiative de Mila et Mozilla. Surtout, il faudra déterminer si les gouvernements et les fournisseurs de technologies créent des voies d’adoption pratiques pour les petites et moyennes entreprises canadiennes. La question déterminante n’est plus de savoir si le Canada peut annoncer les composantes d’un écosystème d’intelligence artificielle. Il faut maintenant déterminer si ces composantes peuvent fonctionner ensemble et créer une valeur économique canadienne.
Source : Innovation, Science and Economic Development Canada