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Le Canada a un plan pour investir. Il doit maintenant prouver qu'il peut livrer des résultats.

Le budget fédéral canadien de 2026 place les investissements, la productivité, l'intelligence artificielle, la défense, la souveraineté économique et les infrastructures au cœur de la stratégie économique du pays. Le gouvernement souhaite mobiliser 400 milliards de dollars en investissements en capital sur six ans tout en proposant des mesures visant à aider les entreprises canadiennes à investir, à innover et à devenir plus concurrentielles. Pour les communautés technologiques et d'affaires du Canada, cette orientation présente des possibilités importantes, mais le véritable test sera celui de l'exécution. Les petites et moyennes entreprises pourront-elles en bénéficier? Les investissements permettront-ils de développer la propriété intellectuelle canadienne, de renforcer la cybersécurité, de déployer une IA digne de confiance et de soutenir une croissance commerciale durable? Et les gouvernements mesureront-ils les résultats plutôt que les annonces? Le CCN considère ce budget comme une occasion importante de passer des promesses aux résultats, à condition que ses ambitions se traduisent par des avantages concrets pour les entreprises canadiennes et des capacités nationales mesurables.

Ce qui s’est passé

Le 5 novembre, le ministre des Finances François Philippe Champagne a présenté le budget 2026, intitulé Maîtres de notre destin, établissant un programme fédéral ambitieux en matière d'investissement, de compétitivité économique et de souveraineté nationale. Le gouvernement souhaite mobiliser environ 400 milliards de dollars en investissements en capital sur six ans grâce à une combinaison d'investissements publics, de capitaux privés, d'incitatifs fiscaux et de grands projets d'infrastructure. Il s'agit d'une ambition d'investissement et non de 400 milliards de dollars déjà dépensés ou garantis contractuellement. Parmi les mesures les plus pertinentes pour les communautés technologiques et d'affaires canadiennes figure la proposition d'une mégadéduction pour la productivité, qui ferait passer, selon les estimations gouvernementales, le taux effectif marginal d'imposition des nouveaux investissements des entreprises d'environ 13 % à 6,4 %. Le budget propose également 930 millions de dollars pour élargir le Programme de la recherche scientifique et du développement expérimental afin d'inclure certaines dépenses de commercialisation. Ces mesures visent à encourager les entreprises à investir dans leur productivité, à développer des technologies et à commercialiser leurs innovations. Le budget renforce les priorités fédérales concernant l'intelligence artificielle, les capacités nationales de calcul, les technologies quantiques, le développement industriel de la défense et les infrastructures essentielles. Il comprend une initiative proposée pour les drones de défense, un renforcement des capacités de sécurité nationale et un soutien supplémentaire aux infrastructures électriques, notamment dans le cadre d'une stratégie nationale visant à accroître la capacité du réseau électrique canadien à long terme. Un autre développement important concerne la modernisation proposée de la prestation des services numériques fédéraux, notamment l'établissement d'un cadre pour Transformation numérique Canada. L'objectif est d'améliorer la coordination, l'efficacité et la performance des opérations technologiques gouvernementales. Le budget aborde également la sécurité en ligne, la prévention de la fraude et des enjeux de sécurité plus larges, reconnaissant que la compétitivité économique dépend de plus en plus de systèmes numériques fiables et d'institutions résilientes. Toutes les initiatives ne constituent pas de nouveaux financements. Plusieurs prolongent, élargissent ou mettent en œuvre des engagements antérieurs, tandis que certaines demeurent assujetties à l'adoption de mesures législatives, à la conception de programmes et à de futures décisions de mise en œuvre. Ce qui change, c'est l'ampleur de l'approche proposée par le gouvernement. Les investissements, la technologie, la défense, l'énergie et la sécurité économique sont de plus en plus présentés comme des priorités nationales interconnectées plutôt que comme des domaines politiques distincts. Le budget 2026 reflète un changement important dans la manière dont le Canada aborde sa compétitivité économique. Le gouvernement cherche à utiliser les incitatifs à l'investissement, le développement des infrastructures, les marchés publics et les politiques industrielles stratégiques pour renforcer les capacités nationales dans un environnement mondial de plus en plus incertain. Cette orientation reconnaît plusieurs défis persistants. Le Canada possède des établissements de recherche solides, des entrepreneurs talentueux et une expertise technologique reconnue internationalement, mais il éprouve des difficultés à transformer systématiquement ces avantages en gains de productivité, en entreprises concurrentielles à l'échelle mondiale et en propriété intellectuelle commercialement rentable. Les incitatifs proposés pourraient encourager les entreprises à moderniser leurs équipements, à accroître leurs activités, à adopter des technologies avancées et à commercialiser leurs innovations. Toutefois, les avantages fiscaux sont particulièrement utiles aux organisations qui disposent déjà de la capacité financière, de l'expertise et de la confiance nécessaires pour investir. Cela crée une distinction importante entre les grandes entreprises et les plus petites organisations. De nombreuses petites et moyennes entreprises canadiennes évoluent dans des conditions difficiles. Elles doivent gérer leurs coûts, leurs contraintes de main d'œuvre, leurs technologies vieillissantes, leurs risques de cybersécurité et les pressions liées à l'adoption de l'intelligence artificielle, tout en continuant à servir leurs clients et à demeurer rentables. Pour ces organisations, la disponibilité d'un incitatif fiscal ne règle pas automatiquement les problèmes de financement, de mise en œuvre, d'expertise technique ou de gestion des risques. L'accent mis sur l'IA et les infrastructures numériques est également important, mais demeure incomplet sans mécanismes pratiques favorisant l'adoption. La puissance de calcul et le financement de la recherche peuvent renforcer l'écosystème technologique canadien, mais leur valeur pour les entreprises dépendra d'un accès abordable, d'une mise en œuvre fiable, d'applications commerciales et de gains de productivité mesurables. Les investissements en défense et la modernisation gouvernementale créent également des possibilités pour les entreprises technologiques canadiennes, particulièrement en cybersécurité, en IA, en télécommunications, en ingénierie, dans les systèmes autonomes et les infrastructures sécurisées. Toutefois, la complexité des marchés publics, la longueur des processus d'approbation et l'accès limité aux décideurs peuvent empêcher les petits innovateurs d'y participer. La conséquence plus large est que la transformation économique du Canada ne peut pas reposer uniquement sur de grandes annonces d'investissement. Elle exige des mécanismes qui relient les capitaux, la technologie, l'expertise, la sécurité et les occasions commerciales aux entreprises appelées à soutenir la croissance économique.

Pourquoi c’est important pour le Canada

Pour le Canada, la question centrale consiste à déterminer si le budget 2026 peut renforcer l'économie au delà des organisations et des secteurs déjà bien placés pour bénéficier des grands programmes d'investissement. Les petites et moyennes entreprises constituent l'immense majorité des entreprises canadiennes. Leur capacité à se moderniser, à améliorer leur productivité, à adopter des technologies sécurisées et à concurrencer les entreprises internationales sera déterminante pour la performance économique nationale. Bon nombre de ces entreprises ne manquent pas d'ambition. Elles manquent plutôt de capitaux disponibles, d'expertise spécialisée, de capacités de mise en œuvre et de temps. Une stratégie nationale d'investissement doit donc aller au delà de l'offre de financement. Elle doit également améliorer l'accès à des conseils pratiques, aux compétences technologiques, à l'expertise en cybersécurité, à des fournisseurs fiables et à des occasions commerciales. L'intelligence artificielle illustre ce défi. Le Canada a investi considérablement dans la recherche en IA et cherche maintenant à accroître ses capacités nationales de calcul et de commercialisation. Toutefois, les avantages économiques demeureront inégaux si les entreprises de tous les secteurs ne peuvent pas identifier des applications concrètes, gérer les risques et mesurer les résultats. La cybersécurité est tout aussi fondamentale. À mesure que les organisations numérisent leurs activités et interconnectent des systèmes de plus en plus complexes, leur exposition à la cybercriminalité, à la fraude, aux perturbations des chaînes d'approvisionnement et aux défaillances opérationnelles augmente. Ces risques touchent les entreprises de toutes tailles et peuvent se propager à des chaînes d'approvisionnement entières. Les grands investissements en défense, en énergie, en transport, en télécommunications et dans d'autres infrastructures essentielles doivent donc intégrer la sécurité et la résilience dès leur conception. Les entreprises technologiques et de cybersécurité canadiennes devraient avoir de véritables occasions d'y contribuer. La modernisation proposée des services numériques fédéraux constitue un autre test national. La centralisation des capacités technologiques gouvernementales pourrait améliorer la coordination et l'efficacité, mais sa réussite dépendra d'améliorations mesurables des services, d'une responsabilité claire en cybersécurité, de la transparence des marchés publics et de la fiabilité opérationnelle. La souveraineté constitue également une dimension importante. Le Canada devrait accueillir les capitaux internationaux et les partenariats technologiques tout en renforçant la propriété nationale de la propriété intellectuelle, l'accès aux technologies essentielles et la capacité des entreprises canadiennes à concurrencer les acteurs mondiaux. La souveraineté économique ne devrait pas signifier l'isolement. Elle devrait signifier davantage de capacités canadiennes, une meilleure position de négociation, des infrastructures résilientes et une plus grande part de la valeur économique conservée au pays. Le budget établit un cadre pour poursuivre ces objectifs. Le défi consiste maintenant à s'assurer que ses mesures rejoignent les entreprises partout au Canada, y compris celles qui ne disposent pas de grandes équipes de relations gouvernementales, de conseillers spécialisés en financement ou de services technologiques dédiés.

Ce que CCN observe

Le CCN accueille favorablement la reconnaissance par le gouvernement fédéral du fait que la technologie, la compétitivité économique, la sécurité nationale, les infrastructures et la souveraineté sont de plus en plus interconnectées. Le budget 2026 établit une orientation ambitieuse et contient des mesures qui pourraient renforcer la capacité du Canada à investir, à innover et à être concurrentiel. Toutefois, le plus grand défi du Canada n'est plus de déterminer ce qui doit être fait. Il est de produire des résultats à l'échelle et à la vitesse qu'exige la situation du pays. Les ambitions d'investissement du gouvernement sont importantes, mais les financements annoncés, les incitatifs fiscaux et les projets d'infrastructure ne doivent pas être confondus avec des résultats accomplis. La réussite devra se démontrer par des entreprises canadiennes plus solides, une productivité accrue, des innovations commercialisées, des infrastructures sécurisées et des capacités nationales mesurables. Le CCN estime que les besoins des petites et moyennes entreprises méritent une attention particulière. Ces organisations constituent le fondement de la communauté d'affaires canadienne, mais plusieurs ne disposent pas des ressources financières, de l'expertise technique et des capacités de mise en œuvre nécessaires pour profiter pleinement des technologies avancées et des programmes gouvernementaux. Une stratégie économique réussie doit les aider à dépasser les étapes de sensibilisation et d'expérimentation pour atteindre une adoption pratique, un déploiement sécurisé et des améliorations mesurables de leur performance. Cela exige des conseils fiables, une expertise indépendante, des formations accessibles et des liens plus solides entre les entreprises, les fournisseurs technologiques, les chercheurs, les investisseurs et les programmes gouvernementaux. La cybersécurité et la confiance numérique doivent également être reconnues comme des capacités économiques fondamentales plutôt que comme des dépenses technologiques secondaires. La dépendance croissante du Canada envers les infrastructures numériques, l'intelligence artificielle, les chaînes d'approvisionnement interconnectées et les systèmes automatisés fait de la résilience une condition essentielle de la compétitivité. Le CCN appuie l'ambition gouvernementale de renforcer les capacités canadiennes en IA, mais estime que la mesure du succès doit aller au delà du financement de la recherche et des infrastructures de calcul. Le Canada a besoin de produits et services d'IA concurrentiels, de propriété intellectuelle canadienne, de ressources de calcul accessibles et d'entreprises capables de déployer l'IA de façon responsable tout en démontrant de véritables gains de productivité. Le même principe s'applique à la défense et à la modernisation gouvernementale. Les investissements supplémentaires sont bienvenus, mais les marchés publics doivent devenir plus accessibles aux fournisseurs canadiens innovants, particulièrement aux petites entreprises. La transformation numérique gouvernementale doit être évaluée selon la qualité des services, la sécurité, la fiabilité, l'efficacité des coûts et l'expérience des Canadiens qui utilisent ces services. Le CCN voit également une occasion de renforcer la collaboration entre les communautés technologiques et d'affaires du Canada. Les gouvernements ne peuvent pas identifier seuls tous les risques de mise en œuvre, toutes les occasions commerciales ou tous les défis technologiques émergents. Les experts indépendants, les professionnels de l'industrie, les chercheurs et les dirigeants d'entreprise peuvent contribuer à valider les priorités, à identifier les lacunes et à évaluer les progrès. C'est dans ce contexte que l'intelligence fiable et les perspectives de la communauté prennent une importance croissante. Le défi du Canada ne consiste pas simplement à obtenir davantage d'information sur les programmes et les investissements. Il consiste à transformer cette information en décisions pratiques que les entreprises et les institutions peuvent mettre en œuvre. Le CCN encourage le gouvernement fédéral à établir des indicateurs de performance transparents permettant de suivre les investissements réellement réalisés, les entreprises canadiennes soutenues, la participation des fournisseurs nationaux, la propriété intellectuelle commercialisée, les gains de productivité, le renforcement des capacités de cybersécurité et les retombées économiques durables. Ces indicateurs devraient être publiés et examinés régulièrement, en portant une attention particulière à la participation des petites entreprises et aux avantages qu'elles en retirent. Le Canada a l'occasion de réunir ses forces en recherche, son expertise technologique, ses ressources énergétiques, ses capacités industrielles et ses partenariats internationaux pour bâtir une économie plus concurrentielle et plus résiliente. Mais la réussite ne se mesurera pas au nombre de programmes annoncés ni aux milliards de dollars engagés. Elle se mesurera aux entreprises renforcées, aux technologies commercialisées, aux risques réduits et à la valeur économique conservée par les Canadiens. L'ambition est bienvenue. Les investissements sont importants. Le Canada doit maintenant passer des promesses aux résultats.

Ce que les dirigeants devraient envisager

Les dirigeants d'entreprise devraient examiner comment la mégadéduction proposée pour la productivité, les incitatifs à la commercialisation et les programmes d'investissement pourraient soutenir la modernisation, l'adoption technologique et l'expansion de leurs activités. Ils devraient distinguer les mesures déjà accessibles des propositions nécessitant des modifications législatives ou un développement supplémentaire des programmes, et évaluer les investissements selon des gains réalistes de productivité et de rendement commercial. Les dirigeants de petites et moyennes entreprises devraient identifier leurs défis les plus pressants en matière de technologie, de cybersécurité et de main d'œuvre avant de s'engager dans de nouveaux systèmes. L'adoption de l'IA devrait commencer par des objectifs d'affaires clairs, des risques maîtrisables et des résultats mesurables plutôt que par la pression de suivre les tendances technologiques. Les entrepreneurs technologiques et les investisseurs devraient surveiller les possibilités liées à la commercialisation de la recherche, aux infrastructures nationales d'IA, aux marchés publics de défense, à la modernisation gouvernementale et au développement des infrastructures essentielles. Une attention particulière devrait être accordée aux critères d'admissibilité, à l'accessibilité des marchés publics et à la conservation de la propriété intellectuelle canadienne. Les responsables de la cybersécurité et des risques devraient s'assurer que la transformation numérique, le déploiement de l'IA et l'expansion des infrastructures intègrent dès le départ la gouvernance de la sécurité, la gestion des risques fournisseurs, l'intervention en cas d'incident et la résilience opérationnelle. Les dirigeants gouvernementaux devraient établir des responsabilités de mise en œuvre claires, des indicateurs de performance transparents et des mécanismes d'approvisionnement accessibles aux entreprises canadiennes. Les progrès devraient être mesurés selon les résultats opérationnels, la valeur économique et les avantages publics plutôt que seulement selon les annonces de financement.

Personnes à surveiller

Mark Carney, premier ministre du Canada, pour la stratégie économique et de compétitivité nationale du gouvernement; François Philippe Champagne, ministre des Finances et du Revenu national, pour la mise en œuvre du budget, les incitatifs à l'investissement et la responsabilité budgétaire; Mélanie Joly, pour le développement industriel et la compétitivité des entreprises canadiennes; Evan Solomon, pour l'intelligence artificielle, les politiques numériques et la commercialisation technologique; David McGuinty, pour la modernisation de la défense et le développement des capacités canadiennes; ainsi que les hauts responsables fédéraux de la transformation numérique gouvernementale, des marchés publics et de la cybersécurité.

Organisations à surveiller

le ministère des Finances du Canada, pour la mise en œuvre des mesures budgétaires et des incitatifs à l'investissement; Innovation, Sciences et Développement économique Canada, pour la commercialisation technologique et la croissance des entreprises; le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, Services partagés Canada et le Service numérique canadien, pour la modernisation technologique fédérale et le cadre proposé pour Transformation numérique Canada; le ministère de la Défense nationale et l'Agence de l'investissement pour la défense, pour les marchés publics de défense et les possibilités offertes aux fournisseurs canadiens; le Centre canadien pour la cybersécurité et le Service canadien du renseignement de sécurité, pour la sécurité nationale et la cyberrésilience; le Conseil national de recherches Canada, pour l'innovation et les capacités industrielles; ainsi que les associations d'affaires, les chambres de commerce, les organisations technologiques et les réseaux de petites entreprises, pour évaluer les effets des mesures sur les entreprises partout au pays. Les développements à surveiller comprennent l'adoption législative des mesures fiscales proposées, les calendriers de mise en œuvre, les critères d'admissibilité aux programmes, les occasions d'approvisionnement en défense et en technologie, les progrès des infrastructures d'IA et de la commercialisation, la création de Transformation numérique Canada, la responsabilité en cybersécurité et la publication de résultats économiques et commerciaux mesurables.

Source : https://www.canada.ca/en/department-finance/news/2026/11/government-of-canada-releases-budget-2026-masters-of-our-destiny.html

Investissement · Sécurité économique · National Competitiveness

Lire l’édition complète · 6 novembre 2026

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